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Son · Notion

Son diégétique : d'où vient ce qu'on entend ?

Comment situer un son par rapport au monde raconté par le film ?

Scène de café de cinéma : comédiens muets en conversation au premier plan, juke-box lumineux à droite dont la musique emplit visiblement la pièce.
Scène de café de cinéma : comédiens muets en conversation au premier plan, juke-box lumineux à droite dont la musique emplit visiblement la pièce.

Une question d'appartenance, pas de volume

Est diégétique tout son qui appartient au monde raconté : la voix d'un personnage présent, le bruit de ses pas, une porte qui claque, une chanson qui sort d'une radio posée dans le décor. Est extradiégétique tout son qui vient s'ajouter depuis l'extérieur de ce monde : une musique de commentaire, une voix narratrice, certains effets soulignés.

La distinction ne dépend ni du volume ni de la netteté : un son diégétique peut être étouffé, presque inaudible, et rester du monde du film. Elle dépend d'un seul critère, l'origine dans l'histoire, et ce critère se teste par une question : un personnage pourrait-il entendre ce que j'entends ?

In, off et hors-champ : trois places distinctes

À l'intérieur du son diégétique, le vocabulaire français distingue des places. Un son est dit in quand sa source est visible dans le cadre au moment où on l'entend. Il est dit off quand la source appartient à la scène mais se trouve hors du cadre à cet instant : une voix qui appelle depuis une pièce voisine, une voiture qui passe sous la fenêtre.

Le hors-champ sonore désigne plus largement l'espace suggéré par ces sons : la pièce d'à côté, la rue, l'étage au-dessus. Le film peut le tenir tranquille ou l'activer, et cette décision participe de la mise en scène autant qu'un mouvement de caméra : ce que l'image refuse de montrer, le son le fait exister.

Les cas ambigus, là où tout se joue

Les frontières bougent dès qu'on les regarde de près. Une musique commence dans la scène, un disque qui tourne, puis continue sans rupture quand la scène change de lieu : elle était diégétique, elle devient commentaire. Une voix off intérieur peut être assumée comme pensée du personnage ou posée comme narration extérieure, et le film peut entretenir l'ambiguïté délibérément.

Ces glissements sont parmi les gestes les plus féconds du cinéma : faire changer un son de statut, c'est faire changer le spectateur de place, l'inviter dans l'intimité d'un personnage ou le laisser dehors. D'où l'intérêt d'écouter chaque scène en posant la question de l'origine, plutôt qu'en jugeant de l'ambiance générale.